Martine et Jean-Marie sont venus nous parler de l’injonction de subjectivité

Dimanche 1er juillet 2018 à 15h30


Sur la Place de la République, Martine et Jean-Marie sont venus à Debout éducation populaire nous parler de l’injonction de subjectivité. Le débat a été très riche, nous n’avons malheureusement qu’une partie de celui-ci car notre clé d’enregistrement s’est arrêtée au bout de 45mn…



Introduction :

Le sujet que nous avons choisi  est la compréhension d’un phénomène qui nous parait important pour alimenter  les réflexions qui accompagnent les luttes sociales, c’est la forte pression sociale aujourd’hui exercée pour le développement de projets présentés comme personnels, mais qui ne sont en fait que des transformations ou des intériorisations d‘injonctions sociales.

 

D’abord quelques exemples :

  • Parcours sup : la lettre de motivation des étudiants est présentée comme un point nouveau et majeur de leur orientation/sélection alors cette lettre est souvent à peine consultée et que les déterminants de la sélection sont essentiellement des déterminants sociaux comme on le voit au niveau des résultats
  • Dans la relation à l’emploi : le statut d’auto-entrepreneur est valorisé aujourd’hui comme un choix personnel, alors qu’elle fonctionne pour l’essentiel comme un transfert du risque des organisations vers les individus
  • Dans l’embauche qui privilégie les compétences de rhétorique ou de gestion de sa propre action au détriment des compétences d’action proprement dites
  • Dans l’exercice du travail, où on valorise la créativité présentée comme attachée aux personnes.

 

  • Point de débat: est ce que cela n’a pas toujours existé ?

 

Comment désigner ce phénomène ?

On peut parler notamment notamment d’injonction de subjectivité. Il y a injonction de subjectivité lorsque la pression sociale s’exerce pas seulement sur l’activité mais sur l’engagement dans l’activité et surtout  sur le caractère personnel de cet engagement.  Comme par exemple dans des impératifs comme « Soyez autonome », « Faites une œuvre de votre propre vie », « Donnez du sens à ce que vous faites », ou la référence constante à des concepts tel que le pouvoir d’agir ou l’empowerment .Tout ceci dont trouve sa traduction commerciale dans des messages publicitaires  tournés vers l’action ou appelant à l’action , messages qui flattent ce qu’on pourrait appeler la culture du sujet.

 

 

La question qui pourrait être être posée dans le cadre d’un lieu tel que Debout Education Populaire pourrait  être formulée de la façon suivante :

Quelles contributions la réflexion  en sciences humaines pourrait apporter au dévoilement de ce phénomène,  à l’analyse critique de sa fonction sociale et à la réflexion sur les moyens permettant d’y faire face

On peut  en effet penser que ce phénomène est caractéristique d’un nouvelle culture de  rapports de sociaux: on ne cherche pas à agir sur l’activité, on cherche à agir sur l’engagement des personnes dans l’activité.

Cette nouvelle culture est particulièrement explicite et illustrée depuis la venue au pouvoir du président de la République actuel, dont vous savez que toutes ses déclarations ont comme implicite ou comme présupposé que les pauvres et d’une manière générale les démunis (y compris les jeunes,)sont responsables de ce qui leur arrive ou de ce qui peut leur arriver.

C’est  un point cardinal de l’idéologie sociale actuelle.

-QM : les nouvelles formes de mise à l’épreuve dans le social

 

Quelques voies d’analyse et de réflexion pour faire face  intellectuellement a cette pression

 

* Ne pas se faire piéger par les mots, mais comprendre la,logique du langage imposé par les pouvoirs en place.

Dans la tradition des luttes sociales, on parlait de lutte idéologique. Celle-ci est toujours présente, mais elle prend de nouvelles formes , de nouveaux objets. On peut parler aussi de dérive sémantique.

  1. a) La communication publique est envahie par exemple par une inflation du vocabulaire qui tourne autour du sens, de l’identité, des valeurs

Il conviendrait par exemple de donner du sens ou de « redonner du sens » à notre propre activité. Et dans ce but on voit se multiplier par exemple dans les entreprises et les organisations des appels  à l »éthique, à la philosophie,   et dans la vie publique on voit se multipler les dispositifs d’accompagnement, d’appui en vue de favoriser la recherche de sens par des populations éprouvées. On ne cherche pas à résoudre le problème posé, mais on agit sur la population touchée par le problème. Loin d’être des facteurs  de réussite , tous ces efforts  et dispositifs sont au contraire des indicateurs d’échec, de difficultés d’échec de l’intention sociale d’influer sur les constructions de sens qui devraient se faire « naturellement » en situation.

Il y a bien là un enjeu idéologique et de vocabulaire. On utilise par exemple indifféremment les termes  de sens et/ou de signification. Or ces deux mots n’ont pas du tout la même portée. Le sens se situe dans le rapport de soi à soi, c’est un lien fait par une personne entre ce qu’elle vit actuellement et des expériences significatives antérieures. Autrement dit le sens ne se donne pas il se prend, comme le pouvoir. Les régistres de sens viennent du sujet et de personne d’autre et surtout pas des accompagnateurs. A l’inverse la notion de signification se situe dans un rapport  à autrui: la signification c’est ce que l’on veut dire ou faire comprendre à l’autre pour l’influencer, notamment pour construire d’autres sens que ceux qu’il construit « naturellment » à partir de son propre vécu.

Mélanger sens et signification c’est en fait rechercher la figure du consentement Consentir  c’est en fait dire donner un sens personnel à ce qui  en fait a surtout une signification sociale.

  1. b) Il en va de même du vocabulaire de l’identité: on nous parle aujourd’hui constamment de ce qui serait l’ADN des uns ou ne serait pas la vocation des autres; un discours identaire est explicitement apparu dans le champ politique avec l’extrême droite mais même plus largement avec les populismes; dans le discours international ce peut être par exemple le discours sur l’identité européenne. Dans tous les cas ces discours d’affirmation identitaire sont des discours d’exclusion.

Or l’identité n’est un objet: ce n’esst pas ce que l’on est, mais ce que l’on croir ou ce que l’on dit être. Ou ce que l’on croit ou ce que l’on dit que sont les autres. L’identité est une représentation ou un discours. Autrement dit elle n’est pas l’objet des pratiques d’identification, elle en est le produit

  1. c) Même chose encore au niveau des valeurs: aujourd’hui les acteurs économique, sociaux , politiques n’arrêtent pas d’afficher leurs valeurs, le plus souvent en décalage avec leurs actes, ou ils professent en intention des référence à des valeurs contradictoires et prétendent en faire la synthèse, comme les valeurs libérales et des valeurs de protection sociale. Aucun pb tant qu’on est dans le discours. Les valeurs affichées sont en fait des présentations de soi. Autre chose est l’engagement effectif d’activité, qu’on peut appeler valeur en acte.

 

2 ème voie: Introduire la question des rapports sociaux et l’analyse des intérêts d’acteurs  dans tous les champs de pratiques qui sont présentés comme de nouveaux modèles sociaux  « générationnels »

Une confusion est entretenue actuellement entre nouveaux champs de pratiques et nouvelles générations. Elle tend surtout à éluder la question des rapports sociaux qui s’y installent , souvent très traditionnels. Les personnes concernées l’expriment fortement au niveau du ressenti sans toujours l’analyser

– prendre l’exemple du numérique présenté comme un espace de liberté maximal alors qu’il enferme dansdes algorithmes prévus à l’avance.

Parcours sup

– Prendre l’exemple du développement territorial, liant en théorie économique, social, humain

Les interfaces qu’on nous proposent sont souvent  des prêts à penser.

3ème voie:. Développer les formes d’éducation,  de formation   et de développement , à partir de l’analyse critique de l’activité et du travail

– distinguer  analyse et évaluation de l’activité

– lier constructions des activités et constructions des sujets, comme par exemple à travers la notion d’expérience

– analyser  les rapports entre sujets dans l’activité et dans le contexte de l’activité

 

4ème voie: Renouveler la question de l’approche des êtres humains dans le discours politique, économique et social

– publics stigmatisé

– publics invisibilisés

L’approche des être humaines est en dominante une approche évaluative. Il convient de lui substituer une approche d’analyse et d’entrée dans a subjectivité.

Une réflexion sur “Martine et Jean-Marie sont venus nous parler de l’injonction de subjectivité

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