Aline nous a questionné sur : « Et si gagner sa vie c’était la perdre? »

Mercredi 4 mai //65 mars à 17h


Au moment où beaucoup souffrent de ne pas avoir de travail ou luttent pour améliorer les conditions et le droit du travail, il n’est pas aisé de venir affirmer que nous sommes pour la fin du travail, son abolition.

J’ai donc précisé d’où je parlais, issue du monde ouvrier, mère ayant été prostituée, frère mort à AZF (pas dans l’explosion) à 46 ans, père mécanicien mort à 44 ans et mère finalement coiffeuse morte à 62 ans, je suis la seule de ma famille à avoir fait des études avant ma fille. Et moi aussi j’ai été dans l’héroïsation des luttes ouvrières avant de comprendre que demander plus de « pouvoir d’achat » c’était tenir en bon état la chaine que nous avons aux pieds et au cœur !

Ensuite nous avons essayé de distinguer le Travail (salarié ou artisan…) et l’Activité. Nous avons repris la définition de Marx qui nous dit que le travail est une invention sociale qui n’est ni naturelle ni transhistorique. Jusqu’à la révolution française, un jour sur trois est férié, même chez les paysans. Petits rappels historiques comme par exemple que depuis la moitié du XVIII ème siècle, le travail n’est plus un moyen de satisfaire les besoins mais un but en soi.

Nous avons donc montré que le travail est le cœur du capitalisme car il produit de la plus-value en ne payant pas à l’ouvrier toute sa journée de travail (travail non payé (ou sur-travail ou travail abstrait)  mais seulement une partie (travail concret). Le travail abstrait étant une dépense d’énergie (la force de travail) qui se déroule dans le temps. D’où le fait que le contenu du travail importe peu car c’est la force- temps qui est traduite en argent. Plus les capitalistes réduisent la part payée en salaire  à l’ouvrier (et les frais incombant à sa survie, la masse salariale) plus la plus-value augmente d’où on le comprend l’allongement de la journée de travail et la baisse des salaires !

J’ai cité Marx ( dans « l’idéologie allemande ») :

«  Les prolétaires doivent abolir la condition d’existence qui fut la leur, ils doivent abolir le travail. C’est pourquoi ils trouvent en opposition directe l’Etat…ils doivent renverser l’Etat »

Cela résonne à nos oreilles à Nuit Debout, je crois non ?

J’ai aussi osé un résumé du Capital de Marx (20 ans de travail !) :

« La nature ne produit pas d’un côté des possesseurs d’argent ou de marchandises et de l’autre des possesseurs de leurs propres forces de travail. Un tel rapport n’a aucun fondement naturel, et ce n’est pas non plis un rapport social commun à toues les périodes de l’histoire.
Le capital ne se produit que là où le détenteur des moyens de production et de subsistance rencontre sur le marché le travailleur libre qui vient y vendre sa force de travail.
Ce qui caractérise l’époque capitaliste, c’est donc que la force de travail acquier pour le travailleur lui-même la forme d’une marchandise qui lui appartient, et son travail, par conséquent, la forme de travail salarié ».

C’était audacieux j’en convient mais si on a compris cela on ne peut qu’aller vers la fin du salariat et des étapes ont été proposées lors du débat très riche (coopératives, communautés autonome, décroissance, éventuellement salaire universel même s’il ne remet pas en cause les catégories du capitalisme…)

Enfin j’ai conclu avec les dernières pages du « Manifeste contre le travail » de la revue Krisis, trop long à écrire ici. Trois autres interventions dans le week end du 8 mai du groupe Critique de la Valeur sont venues approfondir mon intervention.


Bibliographie :

Krisis, Manifeste contre le travail, (10/18)

Moishe Postone,  Temps, travail et domination sociale, Mille et une nuits

Robert Kurz, Lire Marx, Les balustres


Une réflexion sur “Aline nous a questionné sur : « Et si gagner sa vie c’était la perdre? »

  1. > Au moment où beaucoup souffrent de ne pas avoir de travail

    Ce dont ils souffrent n’est pas du manque de travail : xdans une société basée sur une extrême division du travail, c’est du manque d’argent afin de pourvoir à leurs besoins matériels.

    « Les chômeurs n’ont pas forcément besoin de travail : de l’argent leur suffirait » © Coluche.

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