Seminaire à l’EHESS : Nuit debout aujourd’hui et réflexions sur l’atelier educ’pop

Jeudi 2/367 mars à 17h.


En ce début de mois de mars, nous avons été invité à participer au séminaire « Politiques des sciences » qui est organisé au sein de l’Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS), 96 Bd Raspail, salle Lombard, Paris 6ème. 

À cette occasion nous avons présenté notre commission, nous avons discuté de l’Assemblée de Coordination de Nuit Debout Paris-République. La séance a été enregistrée et est disponible depuis le site archive.org. La présentation de la séance se trouve à cette adresse : https://pds.hypotheses.org/2481

Introduction de la séance par Evelyne Perrin :

Adèle nous a parlé de l’Assemblée de Coordination de Nuit Debout Paris-République :

Boris a présenté la commission Debout Education Populaire :

Antoine nous a proposé de réfléchir sur la seconde partie de l’atelier educpop « quelle société veut-on? » :

Voici le texte présenté par Antoine :

L’atelier educpop « quelle société veut-on? » à Nuit Debout Pars République : l’utopie comme support d’un renouvellement des modes d’agir.

Naissance de l’atelier

L’atelier educpop a été lancé le dimanche 14 août//167 mars, soit au moment même où, en forêt de Brocéliande, était organisée la première rencontre inter Nuit Debout et dont est issu un « Message » qui reste à ce jour l’une des meilleurs photographie du mouvement né au printemps 2016. Les membres de la commission Debout Education Populaire avait décidé de maintenir une présence régulière sur la place de la République durant tout l’été. L’idée de lancer un atelier, aux côté des interventions « classiques » (celles régies par notre charte) et de la boîte à questions, est apparue le 8 aout ; il était alors surtout question d' »animer »‘ une place vidée par les vacances et l’inter ND ; les idées d’atelier concernait alors l’écriture d’une future constituante, la création de nouveaux mots et la production d’affiches. Le 13 août, nous avons proposé l’idée d’ajouter des ateliers lors d’une séance de discussion avec les personnes présentes sur la place (elle est enregistrée). Une personne du public nous a alors suggéré de créer un atelier de réflexion collective. Dans la foulée, un atelier « quelle société veut-on? » a été lancé : deux heures hebdomadaires consacrées à construire une utopie, puis à s’interroger « les conditions pour que ça se mette en place? ».

Il convient de noter que cet atelier est né de rencontres rendues possibles par les dynamiques amorcées et portées par Nuit Debout. Tout d’abord la place de la République, principal lieu de circulation de l’Est parisien. Dispose-t-on d’une évaluation crédible du nombre de personnes qui transitent chaque mois sur cette place? Du nombre de personnes qui sont venues à Nuit Debout, que se soit pour observer et écouter, ou pour participer plus activement à l’agitation qui s’était emparé de la place depuis le 31 mars 2016? On peut néanmoins reconnaitre que la présence de Nuit Debout à République a été principalement marqué par les discussions, la palabre, les disputes et les oppositions radicales. Celles-ci ont été les principales forces à l’oeuvre, produisant nombre de « liens », de solidarités et d’initiatives spontanées et rarement originales. Comme Patrice Maniglier a pu le relever lors d’une table ronde consacrée au numéro des Temps Modernes « Nuit Debout et notre monde », il s’y est produit une « légitimation des imaginaires » (https://educpopdebout.org/2017/02/22/autour-du-numero-des-temps-modernes-nuit-debout-et-notre-monde/). La création d’un atelier qui ait pour tache de produire une nouvelle utopie – et non pas une nouvelle constitution » – est une manifestation tardive d’un processus qui a pourtant été particulièrement opérant durant les premières semaines d’avril.

Contenu de l’atelier

La forme de l’atelier « quelle société veut-on? » n’a jamais changé depuis sa première séance. Son contenu a évidement évolué à mesure que les semaines passaient et que les discussions se faisaient par thèmes (les droits, les enfants, la journée idéale, bien vivre avec les autres, gestion des richesses et des biens communs, le gouvernement, la justice, l’environnement, le travail, la santé, les médias). Une séance de l’atelier s’organise de la sorte :

– Installation sur la place avec cordes, affiches, sono et table.

– Présentation de l’atelier.

– Lecture du compte-rendu de la séance précédente (5-10 minutes).

– Discussion enregistrée et durant laquelle une personne prend des notes.

– Mise en ligne de l’enregistrement, accompagné du compte-rendu de la séance.

Outre la création d’un espace dédié au « partage des savoirs » sur la place publique (l’élément constitutif de notre commission), cet atelier repose sur l’expression spontanée des personnes présentes et souhaitant donner leur avis sur la société idéale et les moyens d’y parvenir. Il ne s’agit nullement de produire un programme savamment réfléchi par un collectif ou groupe, mais de rassembler les idées d’une grande variété de personnes vivant ou passant sur la place.

Mais quelle utilité à tout cela? Quels sont les objectifs visés par ce long travail collectif? Recouvrent-ils ce qui a pu être dit de Nuit Debout en forêt de Brocéliande, à savoir « une dynamique commune et dans une certaine mesure unificatrice, qui doit, selon les mots d’une participante, chercher à « formuler un commun politique » » (https://educpopdebout.org/2016/09/12/rencontres-des-nuit-debout-message-depuis-la-guette-en-broceliande-le-168-mars-2016/).

Dans les nombreuses prises de parole, les idées portées avec force et nombre au printemps ressurgissent, côtoyant celles de figures plus anonymes, simples passants qui donnent leur avis sur comment doivent être réparties les richesses, la conception de l’environnement ou la nécessité de s’emparer de la lecture pour s’émanciper. Cette dernière proposition nous a été faite dimanche dernier, la 26 février 2017. Elle offre un exemple d’une parole qui s’exprime souvent au sein de l’atelier : la personne s’appuie sur une critique du fonctionnement actuel de la société pour proposer un objectif conçu comme un moyen d’émancipation. Ainsi, le diptyque domination/émancipation me parait occuper une place importante dans les discours. Il laisse pourtant de la place aux propositions utopiques, qui peuvent en émerger au grès de l’écoute active des participants et de leur capacité à « rebondir sur ce qui a été dit ». Au final, l’atelier s’avère productif. Sa vingt-cinquième séance se tiendra le dimanche 5//370 mars ; le document qui rassemble les propositions compte plus de 40 pages ; la cinquantaine d’heures de discussions enregistrées offre une trace précieuse pour qui souhaiterait étudier le contexte de production de ces propositions.

Portée politique de l’atelier

Il convient de rappeler ici que cet atelier a été maintenu durant tout l’hiver. Ainsi, chaque dimanche de novembre à mars, Debout Education Populaire a fait vivre la Nuit Debout place de la République, offrant aux deboutistes parisiens un moment de discussion collective hebdomadaire, ainsi qu’un espace de rencontre et de renforcement des solidarités internes à la Nuit Debout. Ce n’est pas un hasard si les membres de la commissions en sont venus à jouer un rôle actif dans l’Assemblée de Coordination.

Présenter ou survoler les nombreuses propositions recueillies n’est pas l’objet de cette présentation. Je tiens plutôt à ouvrir une discussion sur les objectifs de cet atelier. S’agit-il seulement de « formuler un commun politique »? Il conviendrait de réfléchir sur le sens de cette expression « commun politique ». Est-il seulement un idéal (une idéologie?) ou contient-il également des connaissances, des lieux, des outils et des pratiques? La seconde partie de notre atelier, qui interroge les moyens employés pour rendre possible la société qu’on veut serait elle susceptible de répondre à cette question? Il ne s’agit ni de destituer l’utopie ou de la confirmer, mais bien de réfléchir collectivement aux processus et dynamiques à mettre en oeuvre de sorte à ce que l’utopie nourrisse plus aussi bien les pratiques émancipatrices que les gestes du quotidien et qu’en retour ceux-ci légitiment toutes sortes d’imaginaires bien plus en accord avec les aspirations des groupes comme des individus.

Prenons quelques exemples de propositions :

– sur « les enfants »

Séances lors desquelles des enfants et leur famille racontent leur histoire, celle de leur quartier/pays pour favoriser la curiosité avec des témoignages sur l’éducation des enfants aussi en fonction des cultures.

– sur « la justice »

    • Faire un peu comme dans Pirates des Caraïbes : un code implicite que l’on ne ressortirait rarement, ou plutôt que dans des cas graves/exceptionnels.

– sur « les droits »

    • Le fait de numériser ses données doit rester au choix de chacun.e (et non pas devenir obligatoire pour avoir accès aux soins, aux formations, logement, etc) : maintien d’un dossier papier dont le citoyen reste aussi propriétaire.

Est-ce qu’on est en train de construire les droits d’une communauté de 100 personnes ou d’un pays de plusieurs millions d’habitants ? On pourrait imaginer des droits locaux ou régionaux, valables pour un territoire et une communauté mais pas une autre, selon ses besoins et le contexte local. Un peu comme le droit coutumier, non écrit, qui s’applique encore dans beaucoup de situations (agricoles par ex)

– sur « le partage des richesses et des biens communs »

On soulève la question du droit à la propriété : à partir du moment où on décide qu’on devrait avoir tous un accès égal aux biens naturels de notre environnement, au logement, etc que devient le régime de la propriété privée ? Faudrait-il l’abolir ? Passer du régime de la propriété lucrative à celui de la propriété d’usage

On constate que plutôt que dessiner les contours d’une société idéale, cet atelier se fait le réceptacle d’interrogations et de propositions très concrètes parfois déjà pratiquées. Il offre également l’occasion à toute sorte de discours, de témoignages et de réflexions personnelles de s’exprimer. Une chose acquise chez ses organisateurs et la plupart des participants les plus réguliers : parler c’est agir et agir c’est parler. Ainsi, le seul fait de discuter sur la place et au sein d’un dispositif « d’occupation » est considéré par beaucoup comme un acte politique fondamental. Il s’agit de permettre à la pensée complexe de s’exprimer pleinement, et non de simplement recueillir des idées pour un roman de science fiction.

Printemps 2017 : vers de nouveaux modes d’agir?

Et voilà que le printemps pointe son nez début février. Alors que la rencontre nationale des différents collectifs qui se sont retrouvé dans le « cortège de tête » des manifestations du printemps 2016, a permis de consacrer le terme « ingouvernable » et de proposer un plan d’action pour le printemps, deux événements ont provoqué une mobilisation spontanée sur les places : le viol de Théo et l’affaire Fillon. Les places se sont à nouveau remplies, les manifs sauvages et les émeutes sont réapparues avec force ; depuis une dizaine de jour, des lycéens bloquent leurs établissements pour se rendre à Nation, au risque de subir une très violente répression policière.

A République, les assemblées générales ont été relancées : le 12 février pour discuter de la mobilisation en réaction au viol de Théo et pour discuter des crimes policiers ; le 19 février, c’est le mouvement StopCorruption qui a pris son envol à l’occasion d’une des plus grande assemblée depuis mai. Dans les deux cas, ce sont les membres de la commission Debout Education Populaire qui ont pris en charge l’organisation des assemblées (avec le soutien actif de nombreux membres de l’Assemblée de Coordination) : rédaction de textes en amont, modération de l’assemblée et rédaction d’un compte-rendu de plusieurs pages. L’expérience acquise durant les nombreux mois d’activité sur la place nous a conféré des automatismes et l’assurance nécessaire pour gérer une assemblée de plusieurs milliers de personnes.

Dans ce contexte d’urgence politique et de printemps précoce, la seconde phase de l’atelier, consacrée aux moyens à mettre en oeuvre pour appliquer les nombreuses propositions recueillies sur la place, se fait attendre. Elle devrait arriver courant avril. Quelle forme devrait-il prendre? C’est à l’occasion de ce séminaire que je pose pour la première fois cette question. Il sera sans doute nécessaire d’en discuter sur la place dans les prochaines semaines. Pourquoi pas ce dimanche? Allons-nous discuter, proposition par proposition des moyens de les appliquer? Comment éviter que pour chaque proposition une discussion d’une heure se mette en place? Il faut donc trouver un moyen d’articuler ces propositions avec la discussion sur leur mise en oeuvre au sein d’un format de discussion qui permette de faire émerger des pratiques originales et adaptées aux conditions politiques actuelles. À la suite des formes d’action et des pratiques qui ont émergé au printemps 2016 (cortège de tête et Nuit Debout), et qui se sont nourries de l’expérience acquise sur la ZAD de Notre Dame des Landes, le printemps 2017 se doit de poursuivre ce travail d’innovation et de renouvellement des pratiques de lutte ou des « modes d’agir ».

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