Rencontres des Nuit Debout – Message depuis la Guette en Brocéliande, le 168 mars 2016

Voici la dernière version – quasi définitive – du texte commun issu des rencontres des Nuit Debout. Ce texte offre un éclairage unique sur le mouvement. Nous tacherons de mettre à jour cet article en fonction des modifications qui pourraient être apportées par ses nombreux auteurs.

Vous pouvez retrouver les différentes versions sur le wiki : https://wiki.nuitdebout.fr/wiki/Paimpont/message-de-la-guette-resume-V2

Plus d’informations sur les rencontres de Paimpont : https://wiki.nuitdebout.fr/wiki/Villes/Paimpont

Un reportage sur ces rencontres, publié par la Gazette Debout : https://gazettedebout.fr/2016/08/30/jardin-druides-rencontre-inter-nuits-debout/


Nous sommes des participantes au mouvement Nuit debout, venues d’une quarantaine de villes et villages de France, de Suisse et de Belgique, assemblées durant trois jours, les 13, 14 et 15 août 2016, sur l’éco-lieu de la Guette, en forêt de Paimpont, pour nous rencontrer, nous écouter et échanger sur nos expériences de près de cinq mois de mobilisations énergiques et foisonnantes.

Cinq mois de manifs et de blocages, d’occupations de l’espace public, d’échanges et d’élaboration, et, après un euro de foot, une tuerie et trois 49,3, toujours la même urgence et la même joie à nous assembler, toujours la même énergie à partager pour révolutionner le monde.

135 nuits et jours debout, dans des dizaines de villes, expériences essentiellement locales, faiblement en contact les unes avec les autres, et largement perçues au travers du seul prisme parisien. Chez certaines, une inquiétude au cœur de l’été : comment « maintenir » le mouvement, comment le « relancer » à la rentrée ?

Puis, ces trois jours, ensemble, à Paimpont.

Organisées sans autre objectif que de prendre le temps de se rencontrer, action modeste, mais tout de même inouïe par son format, sa durée et par la dimension du rassemblement, ces trois journées auront porté de nombreux fruits. Sur le wiki, tu trouveras de nombreuses informations sur ces rencontres, notamment de nombreux comptes-rendus et synthèses des commissions (dont une partie est toujours en rédaction). L’objet de ce message n’est pas de les résumer. A la fin de cet été que certaines ont cru « couché », nous avons jugé important d’envoyer un message de confiance en ce que nous faisons à toutes nos camarades debout sur les places. Un message mobilisateur, pour la rentrée sociale comme pour la grande séquence de politique national qui démarre. Nous avons voulu vous envoyer ce message pour rendre compte de ce que ce temps de mise en commun a permis d’apporter à l’interprétation des « contours de la Nuit » ; pour diffuser les propositions stratégiques qui ont été avancées et lancer un appel à poursuivre et amplifier la mise en relation des initiatives et des aspirations.

Ce message, nous l’adressons, en quelque sorte, de partout à la fois, de Tulle, Rennes, St Naz’, Paimpont, Paris, Grenoble… Nous le datons du 168 mars, même si date de rédaction est postérieure, car il rend compte de l’état de formulation des idées à l’issue de ces trois jours de rencontres, le soir du 168 mars. Il est adressé aux deboutistes et sympathisantes du mouvement, ainsi qu’à toutes celles qui partagent le constat de la faillite généralisée des institutions, du discrédit insurmontable de la classe dirigeante et des possibles dévastateurs contenus dans la situation politique, et qui s’interrogent sur la manière dont elles peuvent contribuer à faire cesser cet état des choses. Sa lecture sera également, nous l’espérons, fort instructive pour les agentes des services de renseignement, que nous saluons, pour les journalistes mal informés, ainsi que pour les responsables politiques qui pousseraient la conscience professionnelle jusqu’à prendre connaissance de ce message venu du fond de la forêt.

Contours de la Nuit

Nous ne nous connaissions pas, et pourtant ces rencontres avaient la saveur de retrouvailles. Dans nos méthodes de travail, d’abord. Passés les inévitables temps auto-promotionnels et les quelques crispations, nous sommes parvenus à nous entendre et travailler rapidement, avec le luxe de pouvoir prendre le temps d’aller au fond des choses. Autogérées, ouvertes, ces journées ont eu la sérénité offerte par une organisation simple et l’expérience de quatre mois de mobilisations, et en même temps un vrai petit air des nuits des débuts, peuplées d’inconnues passionnantes.

Elles avaient la saveur de retrouvailles, car nous nous sommes immédiatement reconnues. Nous avons retrouvé en ces inconnues nos histoires et nos revendications, nos attitudes et notre énergie, nos faiblesses, nos attentes quant aux suites du mouvement, notre détermination et notre fantaisie. Les nôtres et toutes celles, plurielles mais communes, entendues et vues sur les places et en manifs tout ce long, très long mois de mars. Nous avons reconnu cette même ouverture, cette même aptitude à faire du lien, au-delà des divergences et des chapelles, nous avons saisi que nous avions vécu dans le fleurissement du printemps des expériences très similaires dans leurs diversités, dont certaines lignes tracent comme des parallèles. C’est de ce commun dont nous voulons parler ici.

L’agora et ses constellations

Les commentatrices ont été unanimes : Nuit debout est un mouvement flou, paralysé par son horizontalité radicale. C’est en quelque sorte vrai, et c’est très bien comme ça. Pourtant, nous pensons que la dynamique que recouvre l’appellation « Nuit debout » n’est ni floue, ni paralysée, mais tout simplement jeune. Si jeune, et si radicalement différente que personne, pas même ses participantes, ne peuvent en saisir toutes les potentialités ni toutes les implications, mais qu’il faut bien tenter de décrire.

Ce « quelque chose qui se passe » c’est en premier lieu une action de rue. Une occupation de places voire d’édifices, dans le cadre d’un rapport de force militant. Une réappropriation de l’espace public, à rebours de la ville contemporaine, soucieuse de la fluidité de ses usagères et hostile à toute manifestation collective, hors cadre commercial ou inoffensivement ludique.

C’était aussi, dans l’impulsion originale, le dépassement de la manifestation unitaire, sa prolongation, voulue pour créer un espace de discussion et d’organisation entre les manifestantes. Sa diffusion virale a montré que de nombreuses opposantes à la Loi Travail attendaient l’occasion de pouvoir consacrer de leur temps et de leur énergie à une dynamique neuve et imprévue, et s’organiser dans un cadre ouvert et horizontal. Un cadre inclusif dans lequel il est facile de prendre la parole et d’apporter des choses d’emblée, à même de contrer les logiques concurrentielles que développent les pratiques politiques traditionnelles, et de contrebalancer les inégalités dans l’aptitude à la prise de parole publique. Un cadre qui ne signifie pas absence de responsabilités, mais rotation des tâches et contrôle collectif, et dans lequel il semble possible d’envisager d’une manière neuve les perspectives.

C’était, toujours dans l’impulsion originelle, un appel à la « convergence des luttes », point sur lequel nous aurions, nous dit-on, échoué. Or, si les espoirs de mouvements de masse qui ont pu être suscités par ces appels se sont rapidement dissipés, la convergence des luttes est pourtant bien là. Discrète entre les participantes au mouvement, dont les filiations politiques et les expériences de lutte et de militantisme sont extrêmement diverses, elle est rendue concrète de multiples manières. Des convergences s’opèrent imperceptiblement au sein des Nuits debout par de multiples témoignages et échanges, entre participantes originaire de milieux sociaux, culturels et ethniques différents, terreau fertile à l’émulation, et à la construction d’identités collectives. Des convergences se construisent dans des commissions qui s’investissent sur des luttes spécifiques et dans la participation et le soutien à des luttes en cours. Les ramifications se tissent, par la présence à nos assemblées de forces de luttes organisées, par la participation aux Assemblées Générales Interprofessionnelles et par le développement de multiples formes de coordinations entre les forces qui mobilisent.

Ce cadre ouvert, horizontal, inclusif, qui favorise ces convergences, c’est bien sûr l’agora, l’assemblée, générale ou populaire, la création sur les places d’un espace d’expression publique. Il y avait eu le premier coup de canon de la pétition « Loi Travail, non merci », puis les témoignages vidéos #OnVautMieuxQueCa. Puis les assemblées populaires. Bureaux des pleurs ou cahiers de doléances, marché aux projets et foire aux solutions, Nuit debout ou Nuit bourrées, c’était brassage public, tous les soirs d’un printemps pourri, entrecoupé de séances d’exposition prolongée aux gaz des forces de l’ordre et d’heures de sommeil volées par-ci, par-là. Et ce qui était fou n’était pas tant ce qui était dit, que la qualité de l’écoute dont faisaient preuve ces humaines assemblées. On a patiemment tout écouté, assises toute les Nuits debout, ici, partout. Pour beaucoup de participantes, probablement radicalisées sur internet, c’était l’occasion d’un apprentissage du dialogue en grands groupes, et de ses modes de régulation. On a causé du système et des actions à mener, envahi des rocades et des Magdo, chanté, et tissé des liens de travail et d’amitié.

Car très vite, pour nous, mille choses se sont cristallisées à partir des idées qui ont émergé de l’écume. Des centaines de commissions se sont montées à travers tout le pays, les unes pour préparer des actions, les autres pour assurer l’animation et le suivi de certaines thématiques. Des automédias papier, web, radio, vidéo sont apparus un peu partout. Et la Nuit devint aussi pour nous cet espace social informel et horizontal, où viennent échanger et se coordonner les initiatives, qu’elles soient nées de l’assemblée ou déjà existantes auparavant. Nous pensons que là réside un apport essentiel de Nuit debout : la capacité à donner naissance et permettre la coordination d’initiatives autonomes, fonctionnant elles aussi de manière ouverte et horizontale, qui viennent enrichir les propositions, les réflexions, les liens, la vie locale, et pour lesquelles sont reconnues le droit à l’erreur et le droit à la lenteur.

La Nuit en commun

Nuit debout n’est « personne », l’affaire est entendue. Pas de leaders, pas de porte-paroles, pas de surexposition d’une voix singulière. Mais Nuit debout, c’est aussi plein-plein de monde. Plein de voix, de subjectivités, de collectifs, de canaux d’expression, convergence des luttes et des galères en miniature. Mouvement favorisant l’expression des paroles populaires et exprimant la volonté d’en augmenter la portée de résonance, y compris politique, Nuit debout est nécessairement pluriel, et impossible à centraliser. Ce serait perdre son temps, et figer dangereusement les choses, que de tenter d’en définir nettement les contours, et il s’agit bien plutôt d’encourager chacune à contribuer à cette diversité.

On retrouve cependant des marqueurs « identitaires » parmi les participantes au mouvement, et notamment des combats communs. Il n’y a probablement aucun de ces marqueurs qui font l’unanimité, mais aucun de ceux-ci ne semblent poser problème, à la différence de ceux qui ont pu être rencontrés ici et là. Ces marqueurs sont, par exemple, ceux de la solidarité entre les peuples et du refus de toutes formes de discrimination, de l’autonomie et de la coopération, du féminisme, de la lecture et de la curiosité, de l’aspiration à une radicalisation de la démocratie, de l’anti-racisme, de l’anti-militarisme et du pacifisme. Ils sont ceux de l’écologie, de la sobriété et du respect du vivant, de l’éducation populaire, du mouvement ouvrier, de l’anti-hiérarchisme et de l’anti-productivisme ; celui de la critique des médias, celui du refus de l’ordre sécuritaire et celui du refus de la stigmatisation des musulmans. De l’implication associative, syndicale ou politique. De la résistance à l’oppression et des logiciels libres.

Révolution française, Chiapas, Commune, Révolution russe, ’36, désobéissance civile. Les années 68 et la chute du mur. Marqueurs du tournant de la rigueur, du 21 avril 2002, des appels au vote utile, marqueurs du referendum européen bafoué, de la crise de 2008, de la Grèce écrasée. Béton, grenades offensives, milices d’agriculteurs pourchassant des zadistes. Guerres, pétrole, uranium, maintien de la paix, attentats.

La liste pourrait être encore longue.

Alors, Nuit debout est-il un mouvement « de gauche », où cette catégorisation est-elle devenue obsolète ? Ce n’est pas ce week-end que le débat aura été tranché. Les deux camps en présence, d’un poids à la louche sensiblement équivalent, ont échangé des arguments convaincants à l’appui des deux thèses, et il n’a pas été jugé urgent d’aller plus avant dans ce débat. Catégorie dépassée réduisant la portée d’un message transcendant les clivages hérités, ou classification à mettre à jour pour donner à voir les nouvelles frontières politiques et les alternatives réellement en présence ? On en est resté là.

Gauche ou pas, le mouvement pluriel qu’est Nuit debout n’en constitue pas moins une dynamique commune et dans une certaine mesure unificatrice, qui doit, selon les mots d’une participante, chercher à « formuler un commun politique » et apprendre à co-élaborer et coordonner à de plus grandes échelles des actions, revendications et messages. Une dynamique commune dont la portée est révolutionnaire. Lorsque le mot a été sorti la première fois, il a fait sourire, et été écarté comme une vieillerie irréaliste. Puis le mot à fait son chemin, tout le week-end, et puis oui, quand même : si ce que nous formulons comme exigences de réformes démocratiques, de changement dans les modes de production et de consommation, dans la relation au vivant et dans la répartition des richesses devait advenir, ce serait à coup sûr une révolution. Donc va pour la révolution. Et parce que changer la France, 5ème puissance économique mondiale et force militaire incontournable, ce serait changer le monde, va pour « révolutionner le monde ».

Horizons de la Nuit : se coordonner pour révolutionner le monde

Nous sommes toutes jusqu’ici passées largement à côté de cette grande diversité, autant que de cet effort de formulation commune. Et c’est bien compréhensible, tant le mouvement est jeune et les contacts échangés encore peu nombreux. Cette question spécifique a fait l’objet de multiples discussions et ateliers lors des rencontres, et il est certain que l’amélioration de nos communications, entre deboutistes, entre collectifs, et à destination des personnes ayant de la sympathie pour nos actions, doit figurer parmi nos priorités. La portée de nos messages dans le grand public dépendra de deux choses : notre capacité à élaborer, lorsque nécessaire, des messages communs, et une présence forte et continue sur les places et dans les rues, les « nôtres », mais aussi les autres, voisines ou éloignées.

Dépasser internet

De nombreux outils de communication existent ou sont en cours de développement pour améliorer la mise en connexion des deboutistes actives. Il est primordial de disposer d’outils de communication efficaces, et notamment d’un outil de prise de décision en ligne qui nous fait pour l’instant défaut. Une participante a toutefois souligné le paradoxe apparent, selon lequel « Nuit debout est contre le système, mais Nuit debout n’existerait pas sans internet ». C’est vrai, et pourtant, il n’a pas fallu attendre internet pour s’organiser. Aussi nous pensons que nous devons apprendre à nous passer d’internet et à nous organiser « à l’ancienne », en prenant le temps de nous rencontrer, en échangeant nos coordonnées et en sachant qui contacter pour monter des actions ou initiatives.

La question des outils ne doit pas masquer le besoin primaire, réel, et parfois un peu oublié, de la production de contenus. S’ils sont correctement investis et animés par les collectifs locaux et les commissions, le site national, http://www.nuitdebout.fr, la « Gazette debout », et le site en cours d’élaboration www.mouvementdemars.fr (qui vise à rendre visibles les exigences déjà formulées) peuvent être de très bons outils pour améliorer le partage de l’information, en s’appuyant sur le relais des comptes nationaux sur les réseaux sociaux. En local, nous encourageons la création d’une multitude de supports d’expression, automédias, mais aussi expression artistique, dont la portée considérable est parfois négligée.

L’attention portée au mouvement et les analyses qui en ont été faites dans les médias ont surtout porté jusqu’ici sur le seul cas parisien – qui mérite par son ampleur une attention particulière. La singularité des expériences locales a encore trop peu été partagée. C’est pourquoi nous pensons que des outils communautaires nationaux en gestion partagée entre plusieurs villes et à responsabilité tournante permettraient de rééquilibrer les perceptions du mouvement, et faciliterait la diffusion des informations locales pertinentes et de messages que nous voulons porter en commun. Un fonctionnement en cohérence avec les attendus organisationnels du mouvement, horizontalité, ouverture et transparence.

Quant à la communication vers le grand public, nous pensons que le recours aux outils médiatiques et la réponse aux éventuelles sollicitations des journalistes doivent se faire de manière modérée et pertinente, lorsqu’on a réellement quelque chose à dire, et en évitant la personnalisation. Nous pensons que face aux dérives du journalisme, nous devons nous efforcer de produire nous-même des relais d’expression crédibles, sans pour autant fuir les médias traditionnels. Il nous semble surtout que nos actions doivent en premier lieu chercher à créer le contact au moyen d’actions de rue permettant des interactions, comme les « Porteur de paroles », efficacement pratiqué à Plélan-le-Grand lors de nos rencontres, les « vélorutions » ou les « marches-actions centre-ville-périphérie », reliant divers quartiers ou territoires et plusieurs types de luttes ou d’alternatives. Être présentes sur le terrain, et organiser des actions spécifiques sur des communes environnantes n’ayant pas connu de dynamique Nuit debout, parce que trop petites. Le lien avec les quartiers populaires, autre soit-disant « échec » de Nuit debout, doit continuer à être cultivé, mais il est un autre public absent des Nuit debout dont on a trop peu parlé : celui des territoires ruraux, ceux-là même chez qui s’enregistre une forte poussée de l’abstention et du vote FN. C’est aussi vers cette France dite « périphérique », « invisible », que nos efforts doivent porter. A quel rythme, selon quelles stratégies ?

Changer l’organisation et la saveur de nos vies

Nos échanges ont permis de dégager des horizons communs à nos actions, à court et plus long terme. Nous pensons qu’ en permettant de mieux cerner et faire comprendre le sens de nos actions, ils peuvent contribuer à mobiliser et réussir la rentrée. Ces horizons sont les suivants : mobilisation contre la Loi Travail, irruption dans les débats de politique nationale à venir, et, au quotidien comme à long terme, éducation populaire et ancrage dans les luttes et les alternatives concrètes.

Déterminés dès la première nuit à renverser le monde de la Loi Travail, nous ne manquerons pas l’occasion de prendre les places qui nous reviennent dans les débats de politique nationale qui s’annoncent, celles de la citoyenne, de la militante, de la poétesse ou de l’activiste, celles de la manif, du tract et de l’action, celles du tag et du hashtag, de l’automédia et de la chanson, du piratage et du porteur de paroles. Nous ne laisserons pas la prochaine farce électorale se dérouler sans intervenir. Nous agirons pour ne pas laisser le champ libre à celles qui spéculent sur les peurs, la violence, la misère et – surtout – sur l’indifférence et la résignation. Plutôt qu’une énième redite du front républicain contre l’épouvantail, permettant de relancer pour cinq ans la machine libérale, nous voulons la fin de ce système politique aristocratique et archaïque. Nous nous mobiliserons pour imposer dans les débats les exigences de tous ceux, individus et collectifs, qui aspirent à retrouver les chemins d’un avenir émancipateur. Hostiles à l’élection présidentielle, nos actions « 2017 » porteront de manière privilégiée sur la compétition électorale que se livreront les partis et candidates pour accéder au parlement-croupion, dite « élections législatives », sur les immuables et poussiéreuses institutions républicaines, ainsi que sur les forces économiques et financières qui dirigent nos dirigeantes. Le 3 septembre prochain, un banquet de rentrée de Nuit debout sera organisé simultanément dans plusieurs villes, sous le signe de la naissance de la démocratie, pour annoncer notre résolution à faire partout irruption dans le débat et la machine électorale. Ce banquet sera l’occasion d’accueillir les curieuses et les sympathisantes, et de prendre rendez-vous avec la campagne électorale, en cette période de déclarations de candidatures.

L’affrontement politique n’est qu’une des dimensions de la lutte contre les dominations et les inégalités, et nos échéances principales ne sont pas celles du système politico-médiatique. A l’occasion de ces Rencontres sur l’éco-lieu de la Guette, nous affirmons la priorité absolue, pour chaque collectif Nuit debout et chaque participante, à contribuer au quotidien à la création et au développement d’alternatives concrètes, horizontales, écologistes et anticapitalistes, ainsi qu’au renforcement, à tous les échelons, d’un communautarisme de solidarité, afin de développer notre puissance collective et augmenter notre autonomie, favoriser les dynamiques de désertion de l’économie marchande et financière, inverser la courbe de la disparition du vivant en même temps que celle du chômage, accroître nos solidarités et changer concrètement l’organisation même ainsi que la saveur de nos vies.

Avant ces échéances, le mouvement social contre la loi Travail fera sa rentrée, le 15 septembre. Adoptée dans la brutalité, contre la volonté de la majorité du peuple et du parlement-croupion, la loi El-Khomri est illégitime, et ne sera jamais appliquée. Nous poursuivrons notre mobilisation aux côtés des autres forces engagées pour en obtenir l’abrogation. Nous descendrons dans la rue le 15 septembre pour la prochaine manifestation unitaire, participerons aux actions de blocage économique, soutiendrons les camarades en grève.

A propos de notre démarche

Les positions et présentations exposées ici ne sont ni plus ni moins que la photographie d’une dynamique encore partielle qui est en cours. Ces rencontres étaient loin de réunir l’ensemble des participantes actives au sein de Nuit debout, et d’autres initiatives de convergence de deboutistes ont eu ou vont avoir lieu cet été : outre l’expérience incomparable des marcheuses, parties de Marseille en juin pour rejoindre Paris deux mois plus tard, en faisant halte auprès des collectifs locaux situés sur leur chemin, des membres de plusieurs commissions de Nuit debout République sillonnent actuellement le sud dans le même but. Des Deboutistes de plusieurs villes se sont également retrouvées à l’occasion du Camp Climat, et d’autres lors du rassemblement des opposantes sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (réunion dont sont issues les Rencontres de Paimpont). Un rassemblement était également annoncé pour la fin du mois dans le sud-ouest.

Durant ces trois jours, nous avons travaillé avec la conscience d’agir avec la légitimité, fragile mais réelle, de participantes actives à Nuit debout, nous réunissant pour apprendre comment coordonner nos activités et résoudre nos problèmes communs. La grande proximité de nos propositions avec celles mises en avant, quelques jours plus tôt, lors du Camp Climat, nous confirme dans notre conviction de faire œuvre utile en partageant ces réflexions. Nous espérons que ces propositions seront accueillies avec bienveillance et contribueront à nourrir les réflexions et renforcer la dynamique. Nous aurons prochainement l’occasion d’en débattre de vive voix : de prochaines rencontres nationales sont d’ores et déjà prévues pour le week-end de la Toussaint, dans un lieu non encore défini, rencontres probablement précédées de rencontres régionales. Nous avons hâte de te voir à ces prochains rassemblements 🙂

Bonne rentrée !

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