Cécile nous parlé de l’urgence de donner des moyens à l’éducation

Samedi 23 juillet//145 mars à 17h


 


Bonjour, je m’appelle Cécile, je suis enseignante spécialisée dans l’Essonne dans ce qu’il reste d’un RASED (Réseau d’Aide Spécialisé aux Élèves en Difficulté) dans des écoles prioritaires ou non. Je ne viens pas porter une parole d’experte mais tout d’abord un témoignage et ensuite quelques éléments de réflexion notamment sur le nombre de poste dans l’Éducation Nationale, les résultats de l’évaluation internationale Pisa pour la France et l’exemple de 2 systèmes éducatifs très différents : Shanghai donc en Chine et la Finlande.

 

Tout ceci pour lancer un débat où j’aimerai avoir votre opinion sur un thème que j’affectionne particulièrement et que j’ai intitulé : « l’urgence de donner des moyens à l’éducation »

Pourquoi ce titre : l’urgence est le thème du weekend mais apparemment chacun utilise le terme à sa manière. Par exemple au lendemain du 14 juillet, comme souvent, je me suis dit que je ne partageais vraiment pas ce que l’on nous sert comme soupe. On est toujours dans l’urgence : l’urgence de produire de l’information avec des médias qui veulent du sensationnel, l’urgence de répondre à l’émotion que suscite un acte violent par un renforcement de la démagogie sécuritaire, tout ça pour nous faire avaler de force une guerre et une réduction de nos libertés. Moi je ne place pas l’urgence au même endroit, quand je vois des actes atroces, je me dis qu’il y a urgence mais surtout urgence de combattre la violence, pas par plus de violence en nous ramenant à ce qu’il a de plus animal en nous mais par plus d’éducation, il n’y a que l’éducation qui apprend à canaliser la violence, à la transcender. Et l’éducation c’est tout le contraire de l’urgence, tous les parents le savent, ça demande du temps et une vision à long terme.

Certains l’on très bien dit comme :

Maria Montesssori : « Établir la paix durablement est le travail de l’éducation. La politique ne peut qu’éviter la guerre. »

Et encore ce n’est pas ce qu’il se fait en ce moment !

Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante qui puisse être utilisée pour changer le monde. Je crois que c’est ce que l’on a envie de faire ici… »

Pauline Kergomard qui a fondé les écoles maternelles : « Laissez-vous convaincre : c’est en faisant méthodiquement et sans défaillance l’éducation de la liberté que vous élèverez des êtres libres. «

Oui la liberté, la première des valeurs de notre république, tant mise à mal par un état d’urgence inutile.

Ou encore : « Ouvrez des écoles vous fermerez une prison », Victor Hugo.

 

 

 

Alors mon témoignage : cette année où j’ai commencé à me « balader » d’école en école j’ai pu faire un constat encore plus alarmant que quand je restais dans mon école : notre école va mal, très mal :

  • Au lieu de rencontrer des enseignants épanouis et des élèves épanouis car apprendre devrait être le plus beau des cadeaux que l’on peut donner aux enfants et le plus bel espoir pour notre avenir. Apprendre c’est d’ailleurs ce que les enfants font le plus naturellement depuis qu’ils sont nés.
  • Au lieu de cela on rencontre des enseignants « stressés », qui crient, des ambiances de classes souvent tendues, avec des méthodes pédagogiques directives, frontales, des profs qui se sentent dépassés par certains élèves, par la charge de travail, par les conflits avec certains parents… souvent ils veulent bien faire mais ils ont trop d’élèves par classe pour s’occuper de ceux en difficulté, la pression du résultat, du « programme » …

– Alors pour les élèves en difficulté on se dit qu’il devrait y avoir les RASED (Réseau d’Aide Spécialisé aux Élèves en Difficulté) mais entre 2007 et 2012 sous Sarko ont est passé de 15 000 à 10 000 postes, donc un tiers en moins. Hollande devait créer 60 000 postes, à la rentrée 2012, il y a eu majestueusement la création de 97 postes, soit, même pas 2% de ce qui a été supprimé, en 2015 est-ce mieux : 63 postes même pas 1,3% de ce qui a été supprimé. Concrètement dans ma circonscription depuis 2012, pour plus de 10% d’élèves supplémentaires ont a eu… 1 poste en moins !

Par exemple, je m’occupe de 6 écoles comme je n’ai pas assez de temps je ne m’occupe que des GS, des CP et des CE1 et encore pas de tous ceux qui en auraient besoin.

  • Peut-être que dans les structures extérieures à l’école pour ces élèves c’est mieux ? Il y a très peu de places chez les orthophonistes, au CMPP : 1 an et demi d’attente, les CMP il n’y en a presque plus, la réussite éducative n’intervient qu’en ZUS et encore si l’adresse de l’école est dans la zone pas si elle est de l’autre côté de la rue !
  • Donc si les élèves n’ont pas le niveau ils vont pouvoir redoubler ? Le redoublement est interdit et sans moyens pour accompagner les élèves. Pourquoi ? Il coute trop cher.

Dans la quantité nous n’y sommes pas, dans la qualité peut-être ?

  • Formation continue réduite à presque rien, par exemple on dit les notes c’est pas bien, mais il n’y a pas de formation à d’autres systèmes d’évaluation, j’en avais élaboré un dans ma classe à partir de choses qui se font déjà dans des pédagogies alternatives, je voulais le partager avec mes collègues de la circonscription, ça n’a pas du tout intéressé les conseillers pédagogiques, et je ne vous parle pas de formation à l’éducation bienveillante, la gestion des conflits, la non-violence, la création d’une relation pédagogique saine…

Pas étonnant dans ces conditions que les enseignants aillent mal.

  • Mais il n’y a pas non plus de médecine du travail et peu de remplaçants
  • Il ne reste plus qu’aux enseignants à se débrouiller par eux-mêmes en se payant des formations, en se concertant avec leurs collègues mais le temps prévu est insuffisant.

Voilà mon témoignage qui est, vous avez compris alarmiste. Parce que nos enfants méritent mieux que cela, l’avenir de notre nation aussi.

 

Pour faire un point plus précis sur les moyens :

Sous Sarkozy 80 000 postes ont été supprimés.

Je vous rappelle l’engagement n° 36 de Hollande : je créerai en cinq ans 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation. Il ne vous aura pas échappé que déjà il en aurait manqué 20 000 mais bon…

A la rentrée 2015 nous étions à soi-disant 35 000 mais en fait ce n’est que 21 500 postes d’enseignants en équivalent temps plein qui ont été créés.

Et comme entre 2007 et 2016, il y a eu 260 000 enfants supplémentaires scolarisés, il faut en comptant 26 élèves par classe 10 000 enseignants pour absorber la croissance démographique.

Voilà pourquoi sur le terrain rien ne change : « Une classe de maternelle sur deux compte plus de 25 élèves. Et 7 500 en ont même plus de 30 !

Dans beaucoup de collège, toutes les classes sont à plus de 30 élèves !»

Et on se félicite que 90 % des postes du secondaire ouverts en 2015 sont pourvus. Donc ça fait 10% non pourvus soit environ un prof par collégien !

Le projet de loi sur la refondation de l’école de 2013 prévoyait 7 000 postes pour le primaire, dans le cadre du dispositif « Plus de maitres que de classe ». Aujourd’hui, seuls 2 000 ont été créés.

Concernant la scolarisation des moins de 3 ans, 791 postes ont été concrétisés sur les 3 000 annoncés en 2012. On est loin du compte !!!

Une citation d’Abraham Lincoln, résume bien cela : « Si vous trouvez que cela coute cher, essayez l’ignorance. » Et c’est bien ce que l’on essaie en ce moment !

 

Que donne l’ignorance en termes de résultats :

Le programme international pour le suivi des acquis dénommé donc PISA, en 2012 (ce sont les derniers résultats que nous ayons) place la France 25ème sur 65 pays dit « développés »

En France, le score obtenu en mathématiques par les élèves de 15 ans a diminué de 22 points entre les résultats de 2000 et 2012.

Avec beaucoup plus d’élèves en difficulté en 2012 qu’en 2009.

En compréhension de l’écrit les résultats de la France ont commencé à remonter lors du cycle PISA 2009, tendance qui se confirme avec le cycle PISA 2012. Surtout chez les filles.

Le niveau de performance de la France en sciences est resté stable depuis 2006.

En France, la corrélation entre le milieu socioéconomique et la performance est bien plus marquée que dans la plupart des autres pays de l’OCDE.

Le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était 9 ans auparavant.

En France, les élèves issus d’un milieu socioéconomique défavorisé n’obtiennent pas seulement des résultats nettement inférieurs, ils sont aussi moins impliqués, moins attachés à leur école, moins persévérants, et beaucoup plus anxieux par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE.

Les élèves issus de l’immigration sont au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté.

La France est le pays qui demande le moins de retour d’information de la part de ses élèves sur les leçons, les enseignants et les ressources, et où le tutorat pour les enseignants est le moins développé de tous les pays participants.

Alors qui sont les champions ?

Dans les 7 1er de 2012, 3 sont des grandes villes de Chine et les autres des pays asiatiques. Alors comment cela se passe dans ces villes chinoises.

 

Prenons l’exemple de Shanghai : J’ai visionné un reportage d’envoyé spécial.

C’est un système basé sur la répétition, la discipline et le patriotisme. Il n’y a pas d’école avant 6 ans.

Les élèves travaillent beaucoup sur les sciences, les mathématiques et les langues mais pas du tout sur l’histoire.

Au collège : ils travaillent 14h par jour, ont 15 minutes pour manger le midi, du soutien le weekend et les relations amoureuses garçons filles sont interdites.

Un des résultats est un taux de suicide inquiétant chez les jeunes et la première cause de mortalité des 15-24 ans.

Comme ce n’est pas un modèle qui fait rêver voyons un autre modèle :

 

La Finlande :

En lecture : 2000 : 1er sur 31

2003 : 1er 

2006 : 2ème mais 1er en maths et sciences ;

2009 : 3ème, 2ème en science, 4ème en maths

2012 : 6ème sur 65 pays, la France 21ème.

Quelques leçons à tirer voir : article sur le site de Meirieu : http://www.meirieu.com/ECHANGES/robertfinlande.pdf

 

En guise de conclusion provisoire une citation de Mahatma Gandhi qui concerne les individus debout comme nous, le pouvoir comme celui contre lequel on se bat et les soumis par opposition aux insoumis comme surement certains le sont ici. Il a dit :

« Un individu conscient et debout est plus dangereux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis. »

 

BON COURAGE…

cecile.cohen91@free.fr

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