Bilan des commissions de Nuit Debout #4 :  Debout Education Populaire

Nous reproduisons l’article publié sur Gazette Debout : https://gazettedebout.fr/2016/07/22/bilan-commissions-de-nuit-debout-4-debout-education-populaire/


Près d’une centaine de commissions ont vu le jour à Nuit Debout. Certaines plus éphémères que d’autres. Après quatre mois de luttes et d’occupation de la place de la République, Gazette Debout a demandé aux plus actives de dresser un premier bilan de leur action et d’envisager leur avenir. Aujourd’hui : Debout éducation populaire.

Debout éducation populaire - DR
Debout éducation populaire – DR

Jeudi 38 mars (7 avril), alors que la Nuit debout fait ses premiers pas place de la République, quelques copines rencontrent un groupe d’étudiants et de professeurs de Paris 1. Assis.es en rond, la tête pleine d’idées, la langue déliée et un cahier sur les genoux, ils/elles lancent Debout Education Populaire. Ils/elles rédigent une charte, adoptée le 39 mars (8 avril), avec comme leitmotiv : le partage des savoirs.

Le dimanche suivant, la première journée Debout Education Populaire a lieu. Dès 8 heures du matin, on accroche les banderoles. Toute la journée, le public est présent, sans discontinuer. Les intervenant.e.s parlent de l’Etat d’urgence en Algérie, de la Commune de Paris, de la Terreur sous la Révolution Française ou encore des révolutions de 1848 et mai 68. Le soir, lors d’une réunion bien tardive, on se demande si on doit occuper la place toute la nuit. Le lendemain matin à 7 heures, on vient récupérer les murs. Les CRS sont présents. Il pleut. Doit-on continuer ? Comment ? Les premiers doutes s’installent.  Mais on choisit d’avancer ! À un rythme sûrement trop soutenu. Dans la précipitation et la naïveté, la commission programme des interventions tous les jours, de 11h à 19h. La fatigue est inévitable et le besoin de renforts se fait sentir. La réunion du dimanche permet d’en faire venir.

Les semaines suivantes, nous sommes présent.e.s dès le début de l’après-midi, six jours par semaine, expliquent les membres de la commission. Souvent, il nous faut négocier avec les CRS pour nous installer, car les déclarations à la préfecture ne débutent qu’à 16 heures. Le soutien des autres commissions de Nuit Debout nous est alors indispensable. Depuis, nous sommes présent.e.s sur la place cinq après-midis par semaine et sommes une quarantaine à nous occuper de l’organisation. Cinq personnes seront présentes pendant l’été. Les intervenant.e .s nous proposent tous types de projets et les gens sont toujours aussi nombreux. Les autres commissions viennent intervenir et témoigner : prison par terre, climat, refondation du code du travail, cahiers de doléances, SDF…
Depuis quelques semaines, nous proposons aussi un créneau « boîte à questions » hebdomadaire durant lequel les personnes présentes débattent autour d’une question posée par l’assemblée, sans faire appel à un.e expert.e pour y répondre.

La charte de Debout éducation populaire - DR
La charte de Debout éducation populaire – DR

Nous avons travaillé sur de nombreuses problématiques. Nous avons développé une critique du capitalisme et du travail et exploré les alternatives disponibles au système actuel (écologie-décroissance). Nous avons parlé de l’agriculture et des modes de vie alternatifs tels que les ZAD, de figures politiques et intellectuelles (Gramsci, Fanon, Arendt, Nizan, Évariste Gallois, Spinoza, Foucault…),  échangé sur les pirates et piratesses, l’art, la psychiatrie, le racisme, la monnaie, les questions internationales.

Nous avons accueilli des interventions sur la dimension internationaliste des mouvements révolutionnaires, sur la domination du dollar, les traités de libre-échange, l’ONU, la politique dans le Caucase, un témoignage sur le Kurdistan syrien, la situation politique au Brésil, ainsi que de nombreuses interventions sur les Communs, les mouvements des places, les pratiques de la démocratie, les situations révolutionnaires etc.

Les débats autour de questions telles que la prostitution ou la laïcité ont été enflammés. On a parlé de l’histoire de la lutte féministe, du droit à l’avortement, des différentes prostitutions (marchande et humaniste) et de la question de la violence faite aux femmes. On a appris et discuté sur des questions plus techniques (transhumanisme, dihydrogène, géo-ingénieurerie, perturbateurs endocriniens, blockchains, nucléaire etc.) On a pratiqué la boxe et la philosophie.

Le 55 mars (24 avril), nous avons lancé le site educpopdebout.org. Par ce biais, nous tâchons de rendre accessible à tou.te.s les interventions enregistrées sur la place. A ce jour, il compte plus de 160 articles. Nous alimentons aussi la page Facebook Debout Education Populaire, ainsi que notre compte Twitter, une page YouTube et un Mixcloud. Nous avons aussi un mail : educpop.debout@riseup.net

Nous avons mis en place une boîte à questions : celles-ci y sont déposées (ou par mail) de façon anonyme et nous conservons un créneau libre pendant la semaine pour les traiter. Le premier essai a été très réussi. En fonction du nombre de prises de parole et de la dynamique suscitée par le débat, une même question peut durer de quelques minutes à presque une heure. Exemple de questions traitées :

– Comment ne pas reproduire la ségrégation hommes/femmes dans le monde actuel, comment espérer un monde nouveau si on esquive chaque fois la question des femmes, du féminisme ? Peut-on compter sur les hommes en tant qu’alliés sur cette question ?
–  Pourquoi ne pas engager un grand débat sur l’existence de Dieu ? Ce n’est pas un sujet purement académique; instiller le doute chez certains permettrait de sauver des vies, d’améliorer la condition des femmes, des homosexuels, des mécréants.
–  Comment rassembler l’humanité sous un seul drapeau commun contre le néo-libéralisme ?
–  Un revenu égal et juste (salaire, retraite, refonte des prestations sociales …) pour tous, qu’en pensez vous?
–  Expliquer, c’est garder le pouvoir ?

Enfin, terminons sur une anecdote. Lors d’un débat « boîte à questions » sur la violence policière et l’interdiction de diffusion des informations, des policiers s’approchent et restent sur le côté. On leur propose de prendre la parole pour débattre avec nous; ils répondent : « on ne peut pas, on est en train de travailler, mais continuez, c’est très intéressant, continuez à débattre sur ces sujets ! » Une personne du public leur répond : « Vous savez, prendre la parole, c’est déjà désobéir ». Alors, on a poursuivi ce débat très animé !

Pour retrouver tous les bilans des commissions de Nuit Debout, cliquez ici. 

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