Wally nous a parlé des Olympiades Populaires de Barcelone en 1936

Mardi 26 avril// 57 mars à 14h


En 1936, le Front populaire choisit les Jeux Olympiques d’Hitler plutôt que les Olympiades populaires de Barcelone.

un article publié précédemment dans le Monde Libertaire (été 2006), et disponible sur le site Affiches des Combattants de la Liberté – Espagne 1936.

Comment ? Pourquoi ?

Il est toujours utile de rappeler la duplicité et la lâcheté de la Gauche parlementaire une fois arrivée au pouvoir. Socialistes, radicaux, communistes et maintenant les Verts ont de tous temps reculé devant le patronat, la bourgeoisie, l’extrême droite, l’obscurantisme religieux et le militarisme. Capitulation, trahisons, faillite idéologique,… le mythique Léon Blum n’y a pas échappé. Les reculades du Front populaire face au fascisme commencent bien avant le 19 juillet 1936 date du début du conflit armé espagnol, voici un exemple peu connu : la véridique histoire des Olympiades populaires de 1936.

1928, les villes de Barcelone, Berlin, Istanbul… posent leur candidature pour l’organisation des JO de 1936.

Mai 1931, l’Espagne fête l’avènement de la première république. Au même moment, le Comité international olympique (CIO) se réunit en Espagne pour choisir la ville qui accueillera les JO de 1936. Officiellement, Berlin a été choisi pour célébrer le retour de l’Allemagne dans le jeu démocratique. Officieusement, le baron Pierre de Coubertin et les membres du CIO sont effrayés par la populace espagnole « républicaine et laïque».

1933, Hitler gagne les élections, le nazisme est au pouvoir en Allemagne, ses exactions aussi. Les athlètes NON aryens sont exclus ou déchus de leurs titres (1) : « Le sport allemand est fait pour les aryens (…) la direction de la jeunesse allemande appartient tout entière aux aryens et non pas aux juifs ».

1934, la coupe du monde de football se déroule en l’Italie. Avec la victoire de la Squadra mussolinienne, le sport est devenu un outil de propagande internationale et une autre manière de faire la guerre : « C’est ce que l’on peut faire de mieux sans couteaux et sans revolver. » ( H. de Montherlant)

Pas un sou, pas un homme pour les Jeux Olympiques de Berlin

A gauche, intellectuels et sportifs se mobilisent dès 1933, des manifestations importantes se déroulent en Europe et surtout Etats-Unis (2). Un comité international pour le boycott des jeux fascistes est créé : le Comité international pour le respect de l’idée olympique. En France, la nouvelle fédération sportive de gauche (FSGT) lance le slogan : Pas un sou, pas un homme pour les JO de Berlin !

Les journaux sportifs de l’époque y consacrent de nombreux articles : « La loi olympique est violée chaque jour, aucune garantie de liberté n’est accordée aux sportifs juifs et catholiques. Dans ces conditions, notre devoir, ainsi que celui de tous les hommes d’honneur, est de dénoncer vigoureusement les pratiques hitlériennes et de demander le transfert des Jeux dans un autre pays ». (Le Sport du 9 octobre 1935).

Après 1934, pour combattre la montée du fascisme, en Europe de l’ouest les différentes gauches mettent en place la stratégie de Front populaire. Les dirigeants des fronts populaires espagnol et français se veulent à la pointe de cette lutte. Sur le front du sport, les contacts se nouent entre la FSGT de Léo Lagrange et la Généralité de Catalogne. En parallèle, Anvers, Prague et quelques autres villes tentent -sans succès- d’organiser des Jeux Olympiques alternatifs. En 1935, Tel Aviv accueille les premiers jeux olympiques « Juifs ».

Le 18 février 1936, la victoire du front populaire en Espagne sert de déclic, la décision est prise : des Olympiades Populaires seront organisées du 22 au 26 juillet 1936 à Barcelone, en contre point des JO « officiels » fascistes de Berlin.

Cette annonce rencontre rapidement un écho considérable dans le monde du sport, le phénomène touche même la Suisse (siège du CIO). En juin 1935, grâce à l’action de la Fédération ouvrière suisse de gymnastique et du sport , le gouvernement fédéral Suisse (de gauche ?) refuse de voter une subvention à la délégation olympique devant se rendre à Berlin… Avant de se rétracter (3). Finalement, 300 athlètes helvètes se rendront à Barcelone dont certains intégreront le groupe international de la colonne Durruti.

En Belgique, les parlementaires et le gouvernement sont soumis à des tensions autours de la participation aux JO Nazis. Aux Pays-bas un groupe d’artistes antifascistes se groupe autours du comité : De Olympiade Onder Dictatuur DOOD (l’olympiade sous la dictature), il organise des expositions, des performances pour le boycott des JO de Berlin. En France fin avril 36, la gauche gagne les élections, le débat reprend : Comment la France du Front populaire pourrait-elle participer aux jeux nazis ?

1936-olimpiada-departTrainPendant ce temps, l’organisation des Olympiades populaires de Barcelone prend forme : le 1er mai, le programme définitif est annoncé et en juin le Comité d’organisation de Barcelone lance les invitations officielles, 34 pays y répondent favorablement. Tous les sportifs peuvent y participer soit individuellement, soit délégués par leur club ou par leur fédération. Le stade olympique est inauguré à Montjuich, les hôtels pourront accueillir plus de 6000 participants : sportifs, entraîneurs et journalistes. Un hymne est composé (il servira plus tard comme chant fétiche du 5è régiment à Madrid). La cérémonie d’ouverture est fixée au 19 juillet !

Aujourd’hui (19 juillet), grande fête inaugurale de l’Olympiade Populaire au stade de Montjuic, grand défilé de tous les participants ; épreuves athlétiques entrée à une peseta,…

Socialistes et communistes préfèrent Hitler au prolétariat en lutte.

En France, bien évidement la droite, les ligues fascistes et le tristement célèbre baron de Coubertin prennent fait et cause pour Berlin, le Parti communiste, Léo Lagrange et André Malraux soutiennent officiellement l’initiative de Barcelone et du Front Populaire espagnol. Le 4 juillet 1936, les épreuves officielles qualificatives pour Barcelone se déroulent au stade Pershing à Paris. Léo Lagrange -secrétaire d’Etat aux sports et aux loisirs- préside ces journées. A travers leur club, la FSGT , ou individuellement, des centaines d’athlètes français s’inscrivent à ces Olympiades antifascistes. Dans la même semaine, à Garches (Yvelines), Pierre Cot (ministre des Transports), André Malraux, Léo Lagrange et de nombreux leaders du Front populaire participent à une journée de soutien aux Olympiades Populaires et pour le boycott des jeux racistes de Berlin.

Les faits sont têtus, disait Lénine, il a raison !   Politiquement après sa victoire électorale, le Front populaire français arrive –officiellement- au pouvoir le 4 juin. Il est au zénith de sa popularité, porté par la victoire des grèves avec occupation d’usines du mois mai. Les Olympiades de Barcelone étaient -pour les socialistes et les communistes- une occasion de réaliser un énorme coup de propagande… sans risques.

Que décide le gouvernement Blum ? D’abord, il refuse les subventions aux participants et aux partisans des Olympiades de Barcelone. Les frais de voyage, d’hôtels, d’entraînements, les salaires (des sportifs) manquants seront à la charge des délégations et des athlètes. C’est minable.

Puis, Léon Blum inscrit un débat à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale dont la majorité lui est acquise (316 députés sur 618) . Le 9juillet, jour du vote, dans l’hémicycle, aucun effet de manche habituel et discours enflammés ne manquent : « Aller à Berlin, c’est accepter une sorte de complicité avec les bourreaux, c’est river les fers aux pieds des victimes, et c’est couvrir leur plaintes que de chanter en chœur, avec le maître du Reich, l’hymne à la gloire du sport. » dira un député communiste. En fin d’après midi, le vote porte sur la participation de la France aux jeux de Berlin. Il est sans appel : la droite vote unanimement « pour » et toute la gauche… s’abstient (Parti communiste compris). Pas un député de gauche pour voter : contre la participation du Front populaire aux JO d’Hitler. Tous se dégonflent, tous sauf un : Pierre Mendès France. C’est pitoyable.

Malgré tout, dès le 14 juillet, par bateaux ou par trains, les sportifs de 23 pays se dirigent vers Barcelone. Des trains spéciaux partent de la gare d’Austerlitz, le train spécial des français transporte plus de 1200 personnes : délégués, familles et athlètes. Chaque arrêt dans les gares sert de prétexte à des manifestations : banderoles, Internationale (4) …

Les derniers participants arrivent à Barcelone le 18 juillet dans la matinée. La plupart ne parlent ni le castillan, ni le catalan, mais certains perçoivent une tension incroyable. « J’ai tout de suite compris qu’il se passait quelque chose. » se souvient un dirigeant socialiste de la FSGT.

Dans la nuit du 18 au 19 juillet, c’est le début du soulèvement militaire franquiste, les premiers coups de feux éclatent aux points stratégiques de Barcelone. Dans les hôtels, certains sportifs pensent qu’il s’agit de feux d’artifices en l’honneur des jeux ! Toute la journée du 19 juillet, si la majorité des sportifs restent dans leurs résidences, d’autres sortent pour aider le peuple contre l’offensive des militaires, certains seront blessés ou tués.

19juil_baricolympiadLe 20 juillet le calme revient à Barcelone. Les combats pour le contrôle du central téléphonique de la place de Catalogne ont coupé toutes les communications avec le reste du monde. Athlètes et délégués découvrent une ville où le prolétariat est sorti victorieux d’un combat contre le fascisme. Les sportifs réfugiés juifs, antifascistes italiens, allemands, autrichiens, polonais, etc. sympathisent avec le peuple en armes : « Nous étions venus défier le fascisme sur un stade et l’occasion nous fut donner de le combattre tout court. »

Le 23 juillet, Jaume Miravitlles (5) secrétaire du comité exécutif des Olympiades populaires de Barcelone annonce officiellement l’annulation des jeux. Le 24 juillet, les premières colonnes de miliciens partent libérer l’Aragon, des sportifs antifascistes veulent en être !

Heureusement le Front populaire veille, ordre est donné aux délégations de revenir immédiatement, deux paquebots partis de Marseille rejoignent Barcelone. Les chefs de la délégation française exigent que TOUS les français rentrent immédiatement, les sportifs français sont cantonnés dans leurs hôtels. Le gouvernement Blum leur demandera 150 francs pour « frais de rapatriement ». Il faut dire que socialistes et communistes ont de quoi être inquiets : plusieurs centaines d’hommes et de femmes membres des délégations olympiques avaient déjà pris fait et cause pour la révolution qui se développait, ils -elles- resteront.

Emmanuel Mincq, footballeur juif polonais d’Anvers, rejoint la Colonne Thaelman , il deviendra un des dirigeants de la Brigade Dombrosky. Il reste en Espagne jusqu’en février 1939. En France, il fera la tournée des camps du Languedoc (Argeles, Vernet, Gurs…). Il s’en évade pour rejoindre la résistance. Certains défileront sur le Paseo de Gracia, avec la Colonne Durruti. D’autres encore, partis en voiture vers la frontière française, intègrent finalement les colonnes du POUM et surtout celles de la CNT (la colonne Ortiz) comme, par exemple, la française Carmen Crespo qui meurent à l’automne lors de l’assaut du Monte Pelado.

Le 19 juillet, Giral –président de la république Espagnole- refuse d’armer l’UGT et la CNT, dans le même temps, pour sauver la république espagnole, il demande une aide militaire urgente à Léon Blum, qui refuse. Peu après, le Front populaire continuera sa courageuse politique de « NON intervention » :

• il ferme la frontière ;

• il renonce aux livraisons d’armes en faveur du Front populaire espagnol ;

• Il interdit à Luis Companys de participer à un meeting unitaire en faveur de l’Espagne républicaine. (6)

• Lorsqu’Hitler et Mussolini livrent des canons, des chars et des hommes à Franco, Blum offre des ambulances à l’Espagne antifasciste et interdit le passage des volontaires internationaux.

Pendant ce temps, le 9 août 1936, se déroule la cérémonie d’ouverture des JO à Berlin, les délégations américaines et anglaises détourneront ostensiblement la tête en passant devant la tribune où trône Hitler. Le Front populaire demandera aux athlètes français de défiler «bras tendu» pour saluer la tribune fasciste, bref, la routine social-démocrate.

Certains sportifs regrettèrent cette attitude : « Nos dirigeants ont démissionné devant Hitler, ils avaient peur ! ». « Je n’avais pas une maturité politique suffisante, à l’époque. » avoue un membre de la FSGT. « Pour moi, ces 4 jours (à Barcelone) ont débouché sur une prise de conscience politique. En 1938, quand la défaite républicaine devint inévitable, nous avons un sentiment de lâcheté que j’ai toujours gardé au fond de moi.» E.R. basketteur français.

Les rapports socialisme / sport

La fascination des concepts sportifs et éducatifs des états fascistes bruns (Allemagne, Italie, Japon) et rouge (URSS) est très ancrée dans les milieux du Front populaire. Les compétitions sportives d’abord dénoncées comme une activité bourgeoise et réactionnaire, deviendront -en 1936- une activité essentielle à la propagande du Front populaire gangrenée par le nationalisme, la collaboration de classe, etc.

Certains socialistes et communistes voient dans le sport soit une quasi préparation militaire ou encore, une manière de contribuer, au sein des entreprises, à « l’amélioration des rapports entre le capital et le travail, donc de l’élimination du concept de la lutte des classes » ou encore « un moyen d’arrêter la dégénérescence physique et morale de la race » (Georges Barthélémy –Député SFIO)

Et chez les anarchistes ?

En France, le sport est une abomination absolue. Sauf que… S. Faure, P. Robin, F. Ferrer, tous les pédagogues libertaires considèrent les activités sportives comme indispensables à l’éducation intégrale et à la formation de l’individu.

A titre personnel et comme ceux (celles) qui l’ont pratiqué, je prétends que le sport collectif est une école de pratiques libertaires ! Tout comme l’éducation, l’économie, la morale, le sport peut se concevoir dans un cadre libertaire. Une équipe de foot, rugby, handball, basket et même de pétanque est un groupe social comme les autres, il peut fonctionner sans dieu, ni chef, ni argent, chacun selon ses moyens, met ses compétences au service de la collectivité.

Il est sûr que le beauf se développe particulièrement bien aux abords des stades et dans les tribunes. Mais entre nous, je constate les mêmes comportements de cons dans les manifs… même libertaires. Mêmes besoins de signes de reconnaissances, les étoiles rouge et noir, A cerclés, ou tee-shirts à l’effigie des héros footeux ou prolétariens et parfois même slogans débiles… la liste est longue des ressemblances comportementales et vestimentaires entre supporteurs et manifestants.

Il s’agit d’un autre débat que je ne peux entamer –aujourd’hui- dans ces colonnes.

* Je vous conseille de visionner le documentaire réalisé par Ariel Camacho et Laurent Guyot : Les Olympiades oubliées (1992).

* Parmi les livres : 1936, la France à l’épreuve des jeux olympiques de Berlin de Fabrice Abgrall et François Thomazeau. L’Altra olimpiada, Barcelona’ 36 de Xavier Pujades et Carles Santacana (disponible aussi en castillan). Eloge de la passe Edts Libertaires

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